Notre Dame du Nil

Atiq Rahimi

France, Belgique Rwanda, 2020, 1h33

Avec : Amanda Mugabekazi, Albina Kirenga, Clariella Bizimana

Rwanda, 1973. Dans le prestigieux institut catholique "Notre-Dame du Nil", perché sur une colline, des jeunes filles rwandaises étudient pour devenir l’élite du pays. En passe d’obtenir leur diplôme, elles partagent le même dortoir, les mêmes rêves, les mêmes problématiques d’adolescentes. Mais aux quatre coins du pays comme au sein de l’école grondent des antagonismes profonds, qui changeront à jamais le destin de ces jeunes filles et de tout le pays.

Exploration de la montée des haines dans un huis clos quasi virginal qui peu à peu se fissure jusqu'à devenir le réceptacle d'une violence inouïe, le film s'ouvre sur le rythme poétique du conte, comme s'il fallait un temps d'adaptation. On croirait entendre l'incipit d'une fable avec cette profonde voix off, guidant le récit, tandis qu'une mise en place très progressive laisse le spectateur entrer d'une part dans la beauté sublime de la nature rwandaise, de l'autre dans l'atmosphère à la fois cadrée et encore légère de ce pensionnat de jeunes filles, toutes vêtues de blanc et filmées au ralenti les rendant distanciées du réel. Dans ce décor spectaculaire se jouent de plus en plus gravement des comportements qui divisent, des attitudes différenciées, des consciences manipulées autour des identités. À la fin, c'est un voyage au bout de la haine que l'on vient d'accomplir, ce mécanisme que cherchait à comprendre Rahimi, son film l'a mis au jour au point qu'on en sort modifié.

                                                                                                                                                                                                                                       Valérie Marin La Meslée