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Le Mal n’existe pas

Ryūsuke Hamaguchi

Japon, 2024, 1h47

Avec : Hitoshi Omika, Ryo Nishikawa, Ayaka Shibutani

Takumi et sa fille Hana vivent dans le village de Mizubiki, près de Tokyo. Comme leurs aînés avant eux, ils mènent une vie modeste en harmonie avec leur environnement. Le projet de construction d’un « camping glamour » dans le parc naturel voisin, offrant aux citadins une échappatoire tout confort vers la nature, va mettre en danger l’équilibre écologique du site et affecter profondément la vie de Takumi et des villageois...

Ryūsuke Hamaguchi (Drive My Car) frappe à nouveau avec une fable sur un village rural confronté à la cupidité d’investisseurs venus de Tokyo. Il faut le dire : le film éblouit d’abord par sa mise en scène, qui tranche avec le fonctionnalisme de tout un pan « réaliste » du cinéma. Chez Hamaguchi, les portes du réel s’ouvrent dans le temps et dans le silence. On est abasourdi par ces images où l’émotion surgit d’un simple travelling en voiture, d’un simple panoramique en forêt. C’est qu’au didactisme narratif, Hamaguchi préfère une poétique de l’instant. Et pourtant le film s’inscrit dans une filiation militante, tandis que deux investisseurs présentent aux villageois le projet qu’ils ont prévu d’implanter non loin. On s’en doute : les locaux sont réticents. Telle configuration risque précisément le didactisme, voire la caricature. Ce serait sous-estimer le talent du cinéaste, qui dessine un lien trouble entre les investisseurs et cette communauté. On pensait voir un drame social clair et limpide; Le cinéaste nous enfonce finalement dans un puits d’incertitude. Hamaguchi a ainsi l’intuition d’en faire le prétexte à tous les dérèglements, au sein d’un film qui confine progressivement au cauchemar. A grand cinéaste, grande idée de cinéma.

David Ezan

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