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La Bête

Bertrand Bonello

France, 2024, 2h26

Avec : Léa Seydoux, George MacKay, Guslagie Malanda

Dans un futur proche où règne l’intelligence artificielle, les émotions humaines sont devenues une menace. Pour s'en débarrasser, Gabrielle doit purifier son ADN en replongeant dans ses vies antérieures. Elle y retrouve Louis, son grand amour. Mais une peur l'envahit, le pressentiment qu'une catastrophe se prépare.

La Bête est typiquement le film dont il vaut mieux ne pas dévoiler les arcanes à tel point il ouvre les portes de la perception. Sachez simplement que l’intrigue navigue entre trois époques : 1910 et la grande inondation de Paris avec une femme mariée au propriétaire d’une usine de poupées, 2014 en Californie où une comédienne courant les castings croise la route d’un tueur haineux des femmes, et 2044 dans un monde aseptisé régi par l’intelligence artificielle où l’effacement des affects humains permet d’accéder à de meilleurs emplois, d’où la possibilité de replonger dans ses vies antérieures afin d’éliminer les traumatismes. Bonello déploie tous ses immenses dons formels pour tisser sa fractale narrative et donner une dimension très physique et réaliste à un monde irréel, comme on tomberait dans une fissure abolissant le temps, voire dans une rêverie post-mortem ou dans un court-circuit de clairvoyance. À la fois parfaitement direct dans ses péripéties, profondément métaphysique dans ses suggestions et miroir du chaos organisé menaçant l’humanité, La Bête est un voyage cinématographique, une immersion hypnotique de premier ordre où flottent les mânes notamment de Lynch, Ophüls, Kubrick. Et pour pleinement apprécier ce joyau hors normes, "il suffit de fermer les yeux et de les rouvrir."

Fabien Lemercier

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