
La Ligne bleue
Marie Dumora
France, Allemagne, 2026, 2h04
Là-haut, à huit-cents mètres d’altitude, dans la vallée de la Bruche, à Natzwiller, des hommes et des femmes vivaient du tissage, de la culture de l’orge et du seigle, jusqu’à ce que les nazis viennent y construire le camp de concentration du Struthof. Aujourd’hui encore, les hommes et la montagne portent les traces de ces blessures, les strates de cette mémoire meurtrie. Dans chaque maison, dort une histoire. Là-haut, à travers les fenêtres des derniers témoins, le film explore une topographie des lieux, une cartographie des mémoires, autant qu’il raconte une humanité.
J’avais l’impression presque physique parfois, de ressentir, dans la carrière, quelque chose de la réminiscence de nos frères humains. Je pense à cette peintre extraordinaire Ceija Stojka, Rom autrichienne, déportée enfant, qui raconte qu’après la guerre, les mule (les âmes des morts), lui ont manqué. « Toujours, quand je vais à Bergen-Belsen, c’est comme une fête. Les morts volent dans un bruissement d’ailes, et le ciel est rempli d’oiseaux. C’est seulement leur corps qui gît là. Ils sont sortis de leur corps, car on leur a pris la vie violemment. Et nous, nous sommes les porteurs, nous les portons avec notre vie ». Il fallait être parmi eux, donner de la place à ces âmes (est-ce le mot ?). Je voulais que le film, à travers l’évocation par la parole, la puissance du lieu, puisse tenter de faire revivre un peu quelque chose de toutes ces personnes. Marie Dumora
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